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L’ALLÉE COUVERTE DE COPIERRES

Parmi le patrimoine de notre commune, il en est un qui a toujours suscité une certaine curiosité tant de la part des habitants de la commune que des randonneurs de passage... En ce jeudi 14 octobre 2010 ils étaient un dizaine de personnes à s'être mobiliser sous l'égide du service archéologique départemental pour procéder au débroussaillage et nettoyage de l'allée couverte de COPIERRES...


Ainsi, l’Allée couverte de Copierres est un monument qui a été trouvé et fouillé avec le plus grand soin par Emile Collin.
Ayant fréquemment l’occasion d’aller au Vaumion, hameau de la commune d’Ambleville où se trouvait sa fille, Emile Collin mit à profit ses visites pour parcourir en tous sens les environs, à la recherche des silex taillés, qu’on rencontre en quantité dans la région (1) . Le bord du plateau qui domine à l’Est de la vallée de l’Epte, endroit où ils sont particulièrement abondants, attira surtout son attention. Au cours d’une promenade qu’il y fit en avril 1891, il remarqua sur la pente descendant vers la rivière une légère élévation du terrain, sorte de tertre (2) composé d’une terre plus noire que celle d’alentour et contenant quelques débris d’ossements humains.
              

Intrigué par la présence de ces os, Emile Collin interrogea un habitant de Copierres, Amédée Berry, qui travaillait à extraire de la pierre d’une carrière ouverte dans le calcaire grossier, à 20 mètres de là. Celui-ci lui apprit qu’en 1886, il avait été chargé par le propriétaire du terrain d’enlever des pierres qui émergeaient et gênaient la culture ; qu’il était bien parvenu à arracher quelques blocs à l’aide de crics, mais qu’il avait bientôt dû renoncer à poursuivre ce travail, tant les pierres étaient solidement plantées. Le carrier lui dit encore avoir vu entre les pierres des ossements, qu’il avait pris pour des os de mouton.

                 

Emile Collin, convaincu dès lors qu’il devait y avoir en ce lieu une sépulture mégalithique, se fit indiquer la place où se trouvaient les pierres qu’on avait cherché à détruire. Des sondages répétés lui permirent de constater l’existence de blocs régulièrement disposés et de reconnaître exactement la surface occupée par le monument auquel il devait appartenir. Il entra ensuite en relation avec le propriétaire du terrain, Richaume père, qui très aimablement lui donna l’autorisation de faire dans sa propriété toutes les recherches qu’il voudrait. Mais il dut attendre la fin des récoltes, et ce n’est que pendant les vacances que les fouilles purent avoir lieu.

                       

Ces fouilles, auxquelles Félix Flandinette a pris une part très active, ont été faites sous la direction d’Emile Collin, avec le concours de sept ouvriers. Elles ont duré du 12 au 24 août 1891.

Les gens du pays s’intéressèrent fort à la découverte, que Le Journal de Mantes signala dans son numéro du 16 septembre 1891, mais en l’attribuant à Amédée Berry.

                 

C’est là une erreur, qui a été malheureusement reproduite depuis, d’après le dit journal, par notre collègue Perrier du Carne (3), de Mantes. Il serait injuste de ne pas le relever, car l’honneur de la découverte de l’Allée couverte de Copierres revient entièrement et sans contestation possible à Emile Collin.

On ne saurait désirer un meilleur type d’allée couverte que le caveau mégalithique de Copierres. Il forme une longue galerie, dont l’entrée vient presque déboucher sur la pente et qui s’enfonce ensuite progressivement dans le sol, en cet endroit fort incliné.

                     

Creusée dans le calcaire, dans le cran comme disent les gens du pays, sous une couche de 40 à 50 centimètres de terre végétale, elle est orientée O.N.O. – E.S.E.

Bien que la partie dégagée ne mesure que 15 mètres, sa longueur totale devait être d’environ 20 mètres. Elle peut donc être rangée parmi les plus longues du bassin de la Seine. La largeur, qui n’est vers l’entrée, à l’O.N.O., que de 1m. 40, atteint au fond de la fouille 2m 12. Quant à la hauteur, elle n’est que de 0m. 60 à l’entrée, mais elle devait être d’au moins 2m 15 à l’autre bout de la galerie.

                

La couverture de la galerie a pour ainsi dire entièrement disparu. Les fortes dalles qui la constituaient ont été enlevées à une époque évidemment ancienne, puisque tout l’intérieur a eu, depuis, le temps de se combler complètement.

 

Les fouilles ont été conduites avec beaucoup de méthode. Arrivé alors à 2m 50 de profondeur au-dessous du sol, la crainte d’un éboulement vint arrêter l’ardeur des fouilleurs. Emile Collin fit toutes les démarches possibles pour obtenir l’autorisation de détourner momentanément le chemin qui l’empêchait de terminer les fouilles. Mais sa demande ne rencontra nulle part l’accueil qu’elle méritait.

Il se contenta alors de construire au fond de la tranchée ouverte par lui un mur en pierres sèches pour préserver la partie non explorée.

                    

Le 21 décembre 1893, Emile Collin a présenté à la Société d’anthropologie (4) le produit des fouilles du dolmen de Copierres et donné à l’Ecole d’anthropologie tous les ossements et les objets recueillis. Quelques-uns de ces objets ont été publiés en 1894 par G. de Mortillet (5), mais les autres sont restés jusqu’à présent inédits.

Désirant, en outre, assurer la conservation du monument, que Richaume père lui avait cédé en toute propriété, Emile Collin fit à son tour don à l’Ecole d’anthropologie, au nom de Richaume et en son nom, de la parcelle de terrain sur laquelle se trouve l’allée couverte de Copierres.

 

P.S. le hameau de "Copierres" tel que nous l'écrivons aujourd'hui, s'écrivait en 1891 "Coppière"       

Daniel Dauphin
Novembre 2009
Extrait de la Revue de l’Ecole d’anthropologie de Paris de septembre 1906

1) E. Collin, Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris, 1891, p. 422.

2) tertre ou monticule.

3) Perrier du Carne, L’arrondissement de Mantes aux temps préhistoriques, 1894, p. 99.

4) E. Collin, Allée couverte de Coppière-sur-Epte, Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris, 1893, p. 785.

5) G. de Mortillet, Le Musée de l’Ecole en 1893, Revue de l’Ecole d’anthropologie, 1894, p. 93.


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