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Famille HAZARD
L’origine de cette famille est proche de notre village puisque son berceau semble bien avoir été la commune de Château-sur-Epte / Bordeaux-Saint-Clair, sur la rive droite de l’Epte, dans le département de l’Eure...
Le plus ancien des « Hazard » qui nous soit donné de
connaître se prénommait Camille Hazard (1844-1897)
[1]
qui
se maria à Antonia Dubosq (1846-1921). Ils habitèrent
Bordeaux-Saint-Clair où ils exploitaient la « ferme Hazard »,
exploitation qui se situait à droite en se dirigeant vers
Authevernes, après le carrefour de la route Vernon-Gisors [2]. De cette union naît Charles Léonor
Désiré aux Bordeaux-Saint-Clair le 31 décembre 1872, à la ferme de
ses parents [3]. Le foyer se composait
de ce garçon et de deux filles. C’est l’une
d’elles, Berthe Alexandrine, qui, mariée à Mr Cauchoix,
reprit la ferme de ses parents avec son époux.
S’étant lui aussi marié à Lucienne Pinard
[4]
le 10
novembre 1898, Charles quitta Bordeaux-Saint-Clair et vint alors
s’installer au Fayel
[5]
en tant que
métayer. Là, il s’occupa d’élevage et de remise en
forme de chevaux de course, dont la plus grande partie était
originaire du Haras du Pin (dans l’Orne).
De ce couple, Charles et Lucienne Hazard, naît le 29 mai 1904, à
la ferme du Fayel
[6]
, un
garçon que ses parents décident d’appeler Robert. Ce dernier
passera une grande partie de son enfance et adolescence au Fayel,
s’occupant des chevaux pensionnaires avec son père.
En 1926, à sa retraite, Charles, son épouse Lucienne et leur
fils Robert viennent habiter notre commune, dans la maison
qu’occupera quelques années plus tard la famille Heuguet
[7]
. Cette
même année, le 15 avril, Robert prend pour épouse la demoiselle
Fernande Dollé
[8]
, originaire de
Rouvillers (Oise).
En 1927, ils font construire la maison qu’occupe encore
aujourd’hui leur fille Thérèse Beaufour
[9]
.
Cependant, en 1934, son père, Charles, devant sans doute
s’ennuyer à sa retraite, crée une entreprise de battage.
C’est Robert qui fait fonctionner l’entreprise, son
père Charles ne faisant que démarcher la clientèle et superviser le
travail. Ce travail semble être parfaitement rentable jusqu’à
la déclaration de guerre en 1939.
Robert est mobilisé. Lorsqu’il est de retour à Montreuil,
en août 1940
[10]
, son père avait vendu son affaire et il se
retrouve sans travail. C’est alors qu’il devient garde
champêtre [11] et cantonnier de la
commune en remplacement de Mr Octave Belhomme [12], ayant atteint l’âge de la
retraite. Robert Hazard occupera ces deux emplois jusqu’à
l’âge de sa retraite, à cette époque à 65 ans, en 1969. Il
meurt à Montreuil-sur-Epte le 24 mars 1972, à l’âge de 68
ans, après le décès de son épouse survenu le 16 janvier de cette
même année 1972. Ils sont tous deux inhumés dans le cimetière de
notre commune.
Robert et Fernande Hazard n’auront eu qu’un enfant, une
fille, qu’ils nommeront Thérèse et qui est née le 25 février
1934 dans la maison familiale de Montreuil. Le 8 décembre 1956,
elle se marie à Montreuil-sur-Epte à Roland Beaufour [13]. De ce couple vont naître deux enfants
: Brigitte [14] et Annie [15], toutes deux mariées et habitantes de
notre commune. Avec ces femmes, cette branche de la famille Hazard
s’éteint car le couple n’a eu aucun enfant mâle pouvant
transmettre le patronyme.
L’adage tant de fois entendu : « Le hasard fait bien les
choses », ne se révèle donc pas ici fort pertinent. Essayons
maintenant de déterminer quelle est l’origine de ce nom de
famille bien peu répandu en France.
Bien sûr, on pense avant toute autre chose au prénom bien connu «
Lazare » [16] , déformé par des jeux
linguistiques ou d’orthographes qui, somme toute, pourrait
être parfaitement envisageable ici. Mais, cette altération de
l’anthroponyme n’est absolument pas prouvée et de moins
en moins retenue par les linguistes s’occupant
d’anthroponymie ou de patronymie. Il nous faut donc chercher
ailleurs une autre explication.
Aujourd’hui, deux explications essayent de donner un sens à
ce patronyme :
Le surnom donné à un joueur de jeu de hasard (dés, cartes,
etc) a été retenu depuis bien longtemps. Il est vrai que ce
patronyme est attesté de façon indubitable dès 1281 puisqu’on
le découvre à cette date dans les Actes de Provins [17]. Notons au passage que ce mot de la
langue française « hasard » est directement issu de l’arabe «
az-zahr » qui signifie « jeu de dés » et, par extension, « jeu de
hasard » [18] et qu’il est connu
dans notre vocabulaire français depuis le XIIe siècle (en 1145
exactement) ; c’est-à-dire depuis l’époque des
Croisades [19]. Cette première
explication est donc celle que l’on pourrait désigner comme «
classique » ; c’est, d’ailleurs, la plus fréquemment
avancée.
Mais, depuis quelques années, et grâce à de nouvelles recherches et
études linguistiques, une deuxième explication est venue
s’opposer à la première évoquée ci-dessus. En effet, nous
savons aujourd’hui que ce nom de famille, lorsqu’il est
porté à l’intérieur des diverses régions normandes, serait un
« surnom issu de l’appellatif toponymique [] hasard,
hazard, désignant un terrain marécageux ». Ce patronyme évoque
alors une particularité bien déterminée issu d’un lieu
d’habitation situé à proximité, ou ce lieu lui-même, de
terrains marécageux (et la Normandie n’en manque pas) et, par
extension, les gens qui avaient élu domicile en ces endroits [20]. Cette explication que nous mentionnons
ici paraît devoir être retenue avec sérieux car elle nous semble
être très étayée et fortement fondée par les études linguistiques
récentes en pays Normand [21].
Henri Charles LOFFET
mars 2010
[1]
) La France est alors administrée par Napoléon III.
[2] ) Aujourd’hui, cette ferme
n’existe plus. Tous deux sont inhumés au cimetière de
Château-sur-Epte.
[3] ) Décédé en 1955, il est inhumé au
cimetière de Montreuil-sur-Epte.
[4]
) Cette jeune femme était née à Fontenay-Saint-Père le 8 janvier
1878. Elle décède en 1954 et fut enterrée au cimetière de
Montreuil-sur-Epte.
[5] ) Je rappelle que ce lieu-dit est
situé sur la commune de Saint-Clair-sur-Epte et non pas de
Montreuil-sur-Epte comme certains pourraient le penser. « Le Fayel
» est un lieu-dit issu du latin « fagus » qui signifie un
magnifique arbre de nos régions : « le hêtre ».
[6]) Donc, sur la commune de
Saint-Clair-sur-Epte.
[7]) 4, rue Saint-Denis.
[8]) Cette jeune personne était née à
Estrées-Saint-Denis le 24 mars 1904.
[9] ) 14, rue Saint Denis. Avant que
la commune ne décide d’attribuer des noms de rues et des
numéros à chacune des maisons du village, cette enclave communale
était désignée par tous sous le nom de : « la Cour ». La décision
de nommer les rues et de numéroter les habitations de notre commune
à été prise lors de la séance des délibérations du conseil
municipal du 22 février 1974, sous le mandat de Mr Michot.
[10]
) Son acte de démobilisation a été signé le 15 août 1940, à
Lavaur, dans le Tarn.
[11]
) Ce sera d’ailleurs l’un des derniers gardes
champêtres de la commune de Montreuil-sur-Epte. Après Mr Hazard,
cette fonction communale sera désignée sous le terme d’
« appariteur ».
[12]
) Mr Octave Belhomme est inhumé au cimetière de notre
commune ; il vécut de 1870 à 1954.
[13]
) Né à Bus-Saint-Rémy (Eure) le 6 décembre 1933. Décédé à Vernon
le 18 novembre 1987.
[14]) Brigitte Pinchon.
[15]) Annie Bruny.
[16]) Variante : « Lazarre ». Cet
anthroponyme, originaire de l’hébreu « El’azer (=
Eléazar) » signifiant « Dieu a secouru » fut très porté dès le
Moyen Âge en France, autant d’ailleurs par les personnes de
confession chrétienne qu’israélite. Dans les milieux
chrétiens, il va de soi que ce prénom fut donné aux enfants en se
référant aux Evangiles. Lazare était en effet l’ami de Jésus
et le frère de Marthe et Marie de Béthanie de Juda.
-Evangile de Saint Jean, 11, 1-44. Voir aussi Saint Luc, 16, 19-31
(mais le Lazare ici est un personnage différent de celui de Saint
Jean). André-Marie GERARD, Dictionnaire de la Bible, (éd. Robert
Laffont – Coll. Bouquins), Paris, 1989, p. 769-770.
Marie-Thérèse MORLET, Dictionnaire étymologique des Noms de
Famille, (éd. Perrin), Paris, 1997, p. 603. O. ODELAIN & R.
SEGUINEAU, Dictionnaire des Noms Propres de la Bible, (éd. Du
Cerf), Paris, 2002, p. 229-230.
[17]) Albert DAUZAT, Dictionnaire
étymologique des noms de familles et prénoms de France, (Lib.
Larousse), Paris, 1980, p. 321. Marie-Thérèse MORLET, Op. cit, p.
500.
[18]) Alors qu’en anglais, il a
pris le sens de : « risque, danger, péril ». Le Robert &
Collins, Dictionnaire français anglais – anglais français,
(HarperCollins Publishers, Glasgow, and Dictionnaires Le
Robert-SEJER Edit., Paris), Paris, 2006, p. 1501.
[19]) Albert DAUZAT, Jean DUBOIS &
Henri MITTERAND, Nouveau dictionnaire étymologique et historique,
(Lib. Larousse), Paris, 1988, p. 366. A.-J. GREIMAS, Dictionnaire
de l’ancien français jusqu’au milieu du XIVe siècle,
Libr. Larousse), Paris, 1989, p. 330. Mohamed BEN SMAIL,
Dictionnaire des Mots Français d’origine Arabe, (éd. STER),
Tunis, 1994, p. 68.
[20]) Dominique FOURNIER, Noms de
Famille de Normandie, (OREP édit.), Cully, 2008, p. 140.
[21]) Sur 158 familles actuellement
recensées en Normandie porteurs de ce patronyme, il est
significatif de s’apercevoir que ce sont la Seine-Maritime et
l’Eure qui comptent aujourd’hui le plus grand nombre de
« Hazard / Hasard », respectivement : 125 et 21.
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